1895
Début de l'exploitation de la carrière de calcaire située au Nord de Montréal. La carrière sera la propriété de la National Quarrie jusqu'en 1947.
1947
Les frères Miron achètent la carrière et débutent son exploitation, tout en opérant une cimenterie. Les deux cheminées rouges et blanches jouxtant la carrière sont un véritable point de repère pour les Montréalais, mais également source de pollution pour les résidants du quartier. Du haut de leur 125 mètres, les cheminées permettent de transformer la roche calcaire en poudre à ciment en la chauffant. La carrière fournit alors au marché de la construction sable, concassé, asphalte, ciment, tuyaux et blocs de béton. À ses débuts, la carrière Miron en était une de calcaire. À l'époque, les travailleurs cassaient la roche pour y extraire le calcaire et le transformer en béton, servant à la construction des édifices du centre-ville de Montréal.
1950
Au tournant des années cinquante, plus de deux cent personnes travaillent à l'extraction du calcaire. Elles tirent une grande satisfaction à travailler à l'édification de la ville. Bien que cette carrière cause des maux aux résidants du quartier, on remarque qu'à une certaine époque, travailler chez Miron était synonyme de fierté pour plusieurs.
« C'est de ce trou-là que sort Montréal. La gare centrale, l'hôpital Sainte-Justine, la voie maritime du Saint-Laurent, la place Ville-Marie et le complexe Desjardins… C'est notre béton… » racontent Louis et Jacques qui ont respectivement travaillé 26 et 11 ans chez Miron. (La Presse, 9/6/1984)
1963
Le 25 mars, vers midi, une séance de dynamitage mal contrôlée fait voler en éclat des pierres de petite et grande tailles 500 pieds plus loin, jusqu’aux 6e et 7e Avenues. On raconte qu’une fillette a alors vu l’une de ces pierres sortir de nulle part pour fracasser le grillage du balcon et deux fenêtres de la maison familiale située sur la 7e Avenue.
En octobre, suite aux plaintes de plusieurs résidants du pourtour de la carrière Miron, l’échevin Rolland Larivière, le directeur de police Thomas Hall et quelques citoyens se rendent sur place pour constater que des travaux de nuit y sont effectués, malgré une loi municipale visant à assurer la tranquillité des résidants. En novembre, Miron obtient la permission de travailler la nuit. Face à la colère des résidants, la Ville se défend en leur disant qu’il s’agit d’une permission spéciale pour permettre à Miron de remplir ses engagements envers les bâtisseurs d’Expo 67. Les résidants poursuivent tout de même leurs protestations et la municipalité doit intervenir à maintes reprises.
1964
Une seconde séance de dynamitage mal contrôlée fait voler d’autres pierres dans les airs au-dessus du quartier résidentiel de Saint-Michel. L’une des plus grosses pierres s’élève à environ 1 000 pieds dans les airs, frappe le trottoir de la 40e Rue, défonce une clôture de fer forgé et termine sa course sur la porte de garage de l’échevin Léopold Lavoie, un farouche opposant au dynamitage dans la carrière. Par miracle, aucun des 700 enfants réunis dans un parc situé tout près n’est blessé.
1965
Le 8 juillet, une troisième séance de dynamitage mal contrôlée fait des dégâts dans une résidence du quartier. La grogne se poursuit chez les résidants du quartier Saint-Michel.
Pour montrer sa bonne foi, Miron publie les moyens mis en œuvre pour assurer paix et tranquillité aux gens du quartier, dans le journal Le St-Michel du 6 juillet :
« Dans le but de prouver au public de Saint-Michel que leur intention est de collaborer avec eux, afin de leur assurer le plein confort auquel ils ont droit, les autorités de la COMPAGNIE MIRON LTÉE décident de poursuivre un programme d’expansion qui ne peut passer inaperçu.
Voici un résumé, puisqu’il nous sera assez difficile, ici, d’entrer dans tous les détails des nouvelles constructions, ce que comporte le programme d’expansion MIRON : Cesser l’opération des cinq concasseurs situés près des habitations et remplacer le tout par des concasseurs placés au centre de la carrière; Construire des convoyeurs fermés pour l’acheminement de la pierre concassée; Réduire le nombre de routes internes utilisées par les camions et paver celles qui demeureront ouvertes; Disparition des amoncellements de pierre concassée répandus sur le terrain; Paver le vaste terrain de stationnement afin d’éliminer la poussière (ce qui est déjà fait); Installer le meilleur système au monde pour l’enlèvement de la poussière; D’ici à ce que tous les travaux soient terminés, deux camions-citernes circuleront sur les terrains MIRON pour arroser continuellement; Augmenter, par le fait même, le montant des taxes payables à la Cité St-Michel et coopérer d’une façon gigantesque à l’essor économique de notre ville; Finalement, précisons que ce fantastique programme d’expansion amènera indiscutablement beaucoup plus d’emplois, dans St-Michel, de préférence.
Voilà, un bref résumé si l’on veut, de quelle façon les autorités de la COMPAGNIE MIRON entendent prouver, encore une fois, que tous leurs efforts sont concentrés sur l’idée de collaborer avec tout le monde. Nous pensons bien que toute la population de St-Michel sera heureuse d’apprendre une aussi bonne nouvelle. Il s’agit là, si on veut bien prendre les choses d’une façon objective, d’un très bel exemple de collaboration de la part de la plus importante entreprise de la Cité St-Michel. » Le St-Michel, le 6 juillet 1965, p.1
Devant cette bonne volonté, la municipalité ne peut qu’approuver l’expansion de la compagnie.
1966
La pluie de pierres se poursuit : une quarantaine de résidences sont endommagées alors que des pierres pesant jusqu’à 30 livres s’abattent sur le quadrilatère formé par la 35e Rue, le boulevard Saint-Michel, la 40e Rue et la 15e Avenue. Deux personnes sont blessées. Le maire de la ville demande à un ingénieur d’enquêter. Les conclusions sont accablantes pour la compagnie Miron. Du dernier incident, l’ingénieur affirme : « (…) il était à prévoir et pourrait se reproduire. »
1969
En avril 1969, les conseillers municipaux Ernest Roussille, Nick Ciamarra et Aimé Sauvé rencontrent le président de la compagnie Miron afin de discuter des moyens à prendre pour diminuer les secousses du dynamitage. Résultat : on rend publics de nouveaux règlements concernant la carrière. Mais ces règlements n’impressionnent en rien Miron, qui répond en érigeant des montagnes de pierres et de sable à 20 pieds à peine des cours arrières de certaines résidences de la rue d'Iberville.
La firme Miron transforme une partie de la carrière en site d'enfouissement de déchets domestiques. De 1968 à 1988, le dépotoir Miron est prospère, on y enfouit des millions de tonnes de déchets de toutes sortes (et la Ville de Montréal poursuit jusqu’en mai 2000). Avec cette nouvelle activité viennent une odeur pestilentielle (et les rats) que les inspecteurs du Département de la Santé de la Ville de Montréal veillent à contrôler.
Diverses associations de manifestants se forment.
1971
La CUM annonce qu'elle poursuivra Miron pour avoir outrepassé à maintes reprises les normes concernant la poussière. La compagnie risque une amende de 100$.
En novembre, une entente est conclue entre Montréal et Miron pour améliorer la qualité de vie des résidants : Miron fait construire une clôture de 7 pieds autours de son site et la ville crée une zone industrielle tampon entre la carrière et le quartier.